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L’agriculture de conservation au secours de l’agriculture du nord du Vietnam

26 avril 2016


Lors de ma visite dans la région de Son La au nord du Vietnam, j’ai eu la chance de pouvoir aller découvrir un projet du NOMAFSI sur l’utilisation de l’agriculture de conservation pour la culture du maïs.

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Bienvenu au NOMAFSI : « Northern Mountainous Agriculture and Forestry Science Institute »

Cet organisme créé en 2005 par le ministère de l’agriculture et du développement rural a plusieurs missions :

  • Développer des programmes de R&D, des projets et des plans pour le développement de l’agriculture et de la foresterie durable dans les montagnes du nord du Vietnam ;
  • Développer les cultures en améliorant la qualité mais aussi restaurer et développer l’utilisation de plantes locales.
  • Réaliser des essais sur les cultures du thé et du café arabica ;
  • Développer les pratiques agricoles permettant d’augmenter les rendements et la qualité tout en protégeant l’environnement et les ressources naturelles.
  • Etudier les problèmes socio-économiques.
  • Développer les techniques de stockage et de transformation des différentes productions.

Beaucoup de missions très importantes pour cet organisme. Ils sont 350 employés pour les réaliser. 

Pourquoi développer l’agriculture de conservation dans le nord du Vietnam ?

Le projet du NOMAFSI qui nous intéresse est le développement de l’agriculture de conservation dans certaines régions du nord dont celle de Son La où je me suis rendue. Là-bas, ils travaillent avec une quarantaine d’agriculteurs pour mettre en place l’agriculture de conservation sur la culture du maïs.

L’agriculture de conservation en quelques mots

La FAO (organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) définit l’agriculture de conservation comme un « système agricole durable et rentable qui tend à améliorer les conditions de vie des exploitations au travers de la mise en œuvre simultanée de trois principes : le travail minimal du sol, les associations et rotations culturales et la couverture permanente du sol ».

Tout d’abord, l’idéal recherché est la suppression totale du travail du sol. Cependant, souvent il subsiste un léger travail du sol tel que du déchaumage (travail en superficie) ou du décompactage (travail en profondeur mais sans retournement du sol).

Ensuite, la couverture du sol peut prendre deux formes. Elle peut être simplement constituée de résidus des cultures précédentes que l’on laisse sur place. Dans l’autre cas, il s’agit de plantes implantées entre deux cultures dans le but de protéger le sol.

Enfin, l’association ou la rotation des cultures permet de diminuer les mauvaises herbes qui ne sont plus détruites par le labour.

L’application au nord du Vietnam ou comment sauver le sol de l’érosion

La directrice du NOMAFSI, Madame Sen, m’a expliqué que la région montagneuse du nord souffre d’un grand problème d’érosion des sols. Les trois quarts des surfaces de la région ont une pente supérieure à 20%. A cela, ajoutez la déforestation et des pluies intenses et vous obtenez des eaux qui ne rencontrent aucun obstacle sur leur passage et emportent tout avec elles. Les coulées de boue sont courantes dans la région. La montagne se désagrège petit à petit.

Développer l’agriculture de conservation est alors apparue comme une solution de préservation de l’agriculture dans cette région.

Rencontre avec Luong Thi Xnyen à Chieng Hac

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C’est la doyenne du village et la chef des retraités. Née en 1950, elle a été enseignante et agricultrice toute sa vie

 L’utilisation des techniques traditionnelles

Avant le lancement du projet, pour le maïs, ils pratiquaient une agriculture sur brûlis. Ils plantaient en avril et récoltaient en octobre. Après la récolte, ils coupaient les tiges de maïs, les brûlaient sur place et labouraient la terre avec une charrue tirée par des bœufs. La terre restait alors nue jusqu’en avril suivant.

Un autre agriculteur me montre la charrue qu'ils utilisaient avant. Il l'a proposé de prendre la place du boeuf. J'ai gentillement décliné

Un autre agriculteur me montre la charrue qu’ils utilisaient avant. Il l’a proposé de prendre la place du boeuf. J’ai gentillement décliné

L’arrivée des nouvelles techniques grâce à l’exemple et la curiosité

Un jour, Monsieur Thao est arrivé dans la région. Il a loué une ferme et a commencé à faire des expérimentations agricoles. Le projet s’appelait ADAM.

Au fur et à mesure, dans la région, on a entendu parlé de ses réalisations et la curiosité a alors piqué les agriculteurs des environs qui sont venus voir ce que faisait Monsieur Thao.

La suite s’est déroulée en partenariat entre les agriculteurs et Monsieur Thao. A partir des tests réalisés, ils ont sélectionné trois cultures à développer : le maïs, le haricot et l’avoine. Ils ont choisi ces trois cultures car elles sont facilement vendues sur les marchés environnants et parce qu’elles permettent aussi de nourrir les animaux d’élevage et poissons des étangs artificiels.

Aujourd’hui, ils pratiquent ici une agriculture de conservation avec un combiné de deux cultures sur les mêmes terres : maïs et haricot.

Les agriculteurs ont reçu diverses formations afin de les aider à mettre en place ces nouvelles techniques et notamment sur la distance à respecter entre les plants de maïs et le meilleur moment pour planter la deuxième culture (le haricot).

Lors de ma visite trois autres agriculteurs du village étaient présents. Au fond à Droite, Ngoc mon interprète et deuxième en partant de la gauche , Monsieur Tung en charge du suivi du projet

Lors de ma visite trois autres agriculteurs du village étaient présents. Au fond à Droite, Ngoc mon interprète et deuxième en partant de la gauche , Monsieur Tung en charge du suivi du projet

L’année agricole aujourd’hui

Février-Mars : préparation de la terre : ils coupent les plants de l’année précédente et les laissent sur place. Ce couvert va se décomposer petit à petit pour nourrir le sol mais va également le protéger. En effet, la pluie ne frappe pas directement la terre ce qui évite l’érosion du sol. En cas de grosse chaleur, le couvert diminue l’évaporation de l’eau.

Avril : les semis de maïs. Ils ne pratiquent plus le labour. Ils vont simplement faire une petite ligne dans le sol dans laquelle ils placent les graines.

Mai : Ils appliquent un désherbant chimique, du niphosate, qui va détruire les mauvaises herbes sans s’attaquer au maïs. Ils s’assurent là qu’aucune plante ne viendra faire concurrence au maïs pour l’utilisation des ressources (nutriments et eau).

10 jours plus tard, ils mettent un fertilisant NPK (N : Azote, Phosphate et K : Potassium) à hauteur de 200kg par hectare. Je ne suis pas une experte en la matière alors j’ai contacté quelques agriculteurs franciliens que je connais bien et ils m’ont expliqué que cela leur paraissait cohérent.

Août : lorsque les tiges de maïs ont environ 9 ou 10 feuilles, il est temps de planter les haricots. Ils sont plantés au milieu des maïs.

Octobre : ramassage des épis de maïs.

Novembre-Décembre : récolte des haricots.

Environnement, amélioration des conditions de vie et productivité, un tiercé gagnant

Avantages environnementaux

Les plants de maïs n’étant plus arrachés ni brûlés, ils restent ancrés dans le sol. Grâce aux racines, le sol reste structuré ce qui va permettre de conserver l’eau et les nutriments dans le sol et diminuer son érosion.

Avantages pour la productivité

Avant il arrivait parfois, lors des grosses pluies, que la terre soit emportait avec les plants de maïs. Les agriculteurs perdaient alors toute sa récolte.

Lors des grosses chaleurs du mois de juin, auparavant, le maïs souffrait beaucoup du manque d’eau. Aujourd’hui, grâce au couvert, l’évaporation de l’eau est restreinte. Le maïs peut donc continuer à se développer normalement.

Enfin, le haricot est une légumineuse c’est-à-dire qu’il a la faculté de fixer l’azote de l’air. Ainsi, quand les résidus de la culture seront laissés sur le sol, ils restitueront cet azote au sol et il servira pour la culture suivante. En résumé, le haricot sert également à fertiliser le sol !

Avantages socio-économiques

Les agriculteurs observent une réelle augmentation de leur production. Ils ne savent pas la quantifier en tonne ou kilogramme et apparemment il n’y a pas d’étude à ce sujet. Mais les agriculteurs affirment qu’ils ont augmenté leur revenu tiré du maïs d’environ 3 millions de Dong (environ 120 €).

L’ajout de de la culture du haricot permet également de dégager un revenu supplémentaire d’environ 1,8 millions de Dong par an (environ 70€).

Il y a donc une réelle augmentation des revenus des agriculteurs.

Dans le même temps, l’arrêt du labour a permis de diminuer le travail des agriculteurs.

Mais, les souris viennent mettre leur grain de sel

Cette technique a aussi, malheureusement, des inconvénients. La couverture du sol permet le développement des souris dans les champs qui attaquent ensuite les cultures. Pour lutter contre elles, les agriculteurs ont dû commencer à utiliser un nouveau produit chimique.

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Les terres cultivées en maïs sont les pentes de la vallée c’est pourquoi l’érosion est si importante.

Le projet s’est terminé en 2014 mais les agriculteurs continuent aujourd’hui d’appliquer les techniques qu’ils ont apprises et les transmettent à leurs enfants.

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